Une caméra dans un film, avec son caractère - Texte 2

Durant la première moitié des années 1920, les prises de vues en mouvement se multiplièrent, jusqu’à devenir un standard au cours du deuxième âge d’or du cinéma muet (1919-1929)[5]. Puis, en 1924 fut tournée la séquence des courses de chars de Ben-Hur: A Tale of the Christ (Fred Niblo, 1925). Pour l’occasion, pas moins de 42 caméras furent employées simultanément. Les prises de vues de cette séquence, fruit de plusieurs semaines de travail, furent supervisées par le directeur de la photographie Percy Hilburn, vétéran du domaine. À ces prises de vues participèrent également quelques membres de l’ASC, dont E. Burton Steene. Dans la séquence finale, il est possible de distinguer les plans captés avec une Akeley, en particulier les panoramiques rapides tournés avec des téléobjectifs. C’est ainsi qu’E. Burton Steene parvint à saisir le moment le plus crucial de toute la course (la collision entre le char de Francis X. Bushman et celui de Ramon Novarro) avec une clarté et une netteté de champ incroyables. Tirant profit au maximum de la facilité de manipulation qu’offrait la caméra Akeley et en ayant recours à un téléobjectif de 43 cm (probablement avec une lentille à la longueur focale de plus de 80 mm), il conserva dans le cadre, avec une mise au point nette, les chars des deux protagonistes en pleine course[6]. En effet, avec une caméra de l’époque, par exemple une Bell & Howell 2709, il était impossible de suivre dans un même plan l’ensemble des mouvements d’une scène d’action, surtout avec ce puissant téléobjectif, alors que la Akeley performait parfaitement dans les mouvements brusques, gardant la mise au point dans les cadrages en plan général. C’est ainsi que la Akeley conquit Hollywood et fut utilisée tant par MGM que par d’autres maisons de production, devenant l’un des instruments essentiels pour ce type de plan spectaculaire. D’ailleurs, dans les scénarios de film se trouvait parfois la mention Akeley shot pour décrire la prise de vues d’un sujet qui se déplaçait rapidement au premier plan devant un fond flou.

Après la sortie en salle de Ben-Hur se multiplièrent les films qui n’appartenaient pas explicitement à la catégorie « action », mais qui incluaient des séquences spécialement tournées avec une caméra Akeley. Cela s’observa dans plusieurs genres cinématographiques, et il semble opportun d’ouvrir une parenthèse au sujet du genre western afin de parler de Tumbleweeds (1925), le dernier film de W. S. Hart, et de son iconique séquence mettant en scène des cowboys qui a marqué l’histoire du cinéma de genre. Cette scène fascinante, tournée avec de puissants téléobjectifs installés sur des caméras Akeley, mettait l’accent sur les vastes prairies, les différents cowboys et les chariots Conestoga filant à toute allure. En résulte une facture visuelle comparable à celle des futurs westerns de John Ford.

Les capacités miraculeuses de ces caméras les ont littéralement amenées au sommet. La Akeley, munie de son trépied gyroscopique, avait le mérite d’être la meilleure caméra de l’époque pour effectuer des prises de vues à bord des avions. Parmi les films notables pour leurs séquences spectaculaires tournées en vol, les deux plus importants sont Wings (1927) de William A. Wellman, entre autres grâce aux aptitudes de l’opérateur Harry Mason, et Hell’s Angels (1930) de Howard Hughes. Wings fut le premier film de l’histoire du cinéma à remporter l’Oscar dans la catégorie « Meilleur film », en partie grâce à sa direction photo incroyable, particulièrement dans la célèbre bataille aérienne entre l’aviation américaine et l’aviation allemande.

La Akeley contribua par ailleurs à créer de nouvelles factures visuelles, comme dans le cas du cinéma d’Erich von Stroheim. Par exemple, sur le plateau de The Wedding March (1928), on utilisa un système de double prise de vues jumelant la Akeley, avec – sur la partie supérieure – une caméra Bell & Howell. Cette méthode élémentaire permettait d’alterner au tournage entre les plans généraux et les gros plans et détails. La caméra Akeley fut également utilisée dans le cinéma de Josef von Sternberg, caractérisé par une mise en scène moderne et élégante qui fait penser au style à venir, bien qu’antérieur au code Hays. Dans le film Underworld (1927), il eut recours à une Akeley pour filmer une plume qui tournoie le long d’une rampe d’escalier afin d’introduire le personnage de Feathers McCoy, ou encore pour accentuer l’agitation du personnage de George Bancroft durant son affrontement avec la police à la fin du film.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Greco, Valerio

Contributeur

Verreault, Mélissa (traductrice)

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2023

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2023. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/09238b/6164

Date de modification de la fiche

2023-06-22

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