Le film-séquence : pour en finir avec le montage ? - Texte 1

Pour le meilleur ou pour le pire, à l’ère numérique, les contraintes matérielles qui sont pour la plupart à l’origine des effets esthétiques du cinéma n’existent plus. Aujourd’hui, il n’est tout simplement plus nécessaire de raccorder des bandes de pellicule les unes aux autres. Si cet affranchissement des déterminants matériels a rendu le montage superflu, le montage numérique offre par ailleurs de nouvelles possibilités stylistiques. Libéré de la longueur de la bobine, le montage est désormais régi par les capacités de stockage de l’ordinateur qui, sans être infinies, sont considérables. Cette évolution a suscité un regain d’intérêt pour l’esthétique du « non-montage », laquelle s’exprime dans la réalisation de séquences construites de manière « invisible » plutôt que manifestement « montées », voire d’œuvres entières composées, en apparence du moins, de longs plans continus et de mouvements complexes de caméra; des films où le montage brille, pour ainsi dire, par son absence.

Ainsi, le montage numérique pourrait, en principe, signaler la disparition du montage comme composante stylistique manifeste du cinéma. Plusieurs films emblématiques de l’ère numérique, tels que 1917 (Sam Mendes, 2019) et Birdman (Alejandro González Iñárritu, 2014), contiennent des travellings d’une durée et d’une sophistication bien supérieures à celles qu’on trouve dans la plupart (voire la totalité) des séquences du cinéma « argentique ». L’effet stylistique est tout à fait inédit, unique, généré par des caméras qui ne sont plus limitées par la longueur de la bobine, des caméras qui peuvent tourner aussi longtemps que les processeurs et mémoires informatiques, aux capacités toujours plus grandes, le permettent. Pourtant, il est bien connu que ces amples plans-séquences, dans 1917 comme dans Birdman, sont en fait le résultat d’opérations de synthèse numérique combinant plusieurs prises de façon à créer l’impression qu’il n’y en aurait eu qu’une seule, procédure qui n’est pas sans rappeler l’illusion de continuité spatiale et temporelle produite, au moyen de raccords plus ou moins dissimulés, dans un film comme La corde (1948) d’Alfred Hitchcock.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/06843t/4150

Date de modification de la fiche

2022-04-25
2022-11-28

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