Les casques interactifs de première génération - Texte 5
C’est pourquoi, sans doute, le dispositif présente deux types d’images qui invitent à deux types d’exploration, centrifuge et centripète : un objet dont l’utilisateur peut faire le tour — comme un cube; et un environnement dans lequel il peut circuler — comme une chambre. Certaines formes sont figuratives, elles représentent des objets familiers — comme « une maison avec une cheminée » —, d’autres sont plus abstraites et évoquent une autre échelle — comme « la molécule du cyclohexane ».
L’enjeu n’est donc plus simplement de synchroniser les mouvements de la tête et les mouvements de la caméra. Il s’agit de modifier l’image, l’apparence des objets représentés, d’une manière dynamique, en temps réel (ou presque : en quelques microsecondes), en associant les coordonnées de la tête et du corps et les coordonnées de la forme géométrique (x, y, z et w, cette dernière coordonnée mesurant l’échelle, soit la distance entre le point de vue et la forme), pour aligner les deux points de vue, selon un système de référence commun que Sutherland appelle « the room coordinate system[7] ».
Il est intéressant de noter que ce « premier casque de réalité virtuelle » est en fait lui aussi un dispositif de réalité augmentée. Ici, comme chez Bradley, l’image est relayée par un miroir semi-argenté (« half-silvered mirror ») qui permet à l’utilisateur de voir « simultanément les images des tubes cathodiques et les objets dans la pièce » : « Ainsi, le matériel affiché sur l’écran peut être suspendu de manière désincarnée dans l’espace ou coïncider avec des cartes, des bureaux, des murs ou les touches d'une machine à écrire[8]. »
Commencé en 1966-1967 au Lincoln Laboratory du MIT et poursuivi à l’Université Harvard, le travail de Sutherland et de son équipe est financé « en partie par l’Advanced Research Projects Agency (ARPA) du Department of Defense dans le cadre du contrat SD 265, en partie par l’Office of Naval Research dans le cadre du contrat ONR 1866(16) et en partie par un accord de longue date entre les Bell Telephone Laboratories et le Harvard Computation Laboratory[9] ».
