Des instruments d’optique au service du découpage cinématographique - Texte 7
Ce champ-contrechamp typique de la configuration voyeuriste nous rappelle au passage comment les grands ensembles immobiliers qui se développent au milieu du XXe siècle sont aussi des lieux de promiscuité exacerbant la curiosité voyeuriste à mesure qu’elle empêche la communication verbale, à moins qu’elle ne soit elle aussi appareillée (le téléphone chez Kieślowski ou De Palma, le walkie-talkie chez Carpenter). Kōji Wakamatsu ne s’y trompe pas lorsqu’il réduit par un découpage-synecdoque le protagoniste de Affaires au-dedans des murs (Kabe no naka no himegoto, 1965) à un œil mobile pouvant s’immiscer dans l’intimité des habitants d’un danchi, ensemble de barres d’immeubles à logements typique de la « haute croissance » japonaise, avant d’associer ouvertement le dispositif voyeuriste à une forme de violence dans La vierge violente (Shojo geba-geba, 1969) : personne n’appuie sur la gâchette du fusil à lunette pointé en direction d’une jeune femme crucifiée en plein désert et, pourtant, le simple fait de regarder dans le viseur semble l’achever.
