Des instruments d’optique au service du découpage cinématographique - Texte 5
Avant d’interpréter cette dernière, Nieves Navarro a elle-même été épiée à la lunette astronomique dans Nuits d'amour et d'épouvante (La morte cammina con i tacchi alti, Luciano Ercoli, 1971) par un voyeur qui assistera finalement à son meurtre selon un dispositif repris dans Body Double (Brian De Palma, 1984). Le choix d’un télescope plus compact de type Cassegrain, qui permet à son protagoniste d’observer chaque soir les danses érotiques de sa voisine, offre la possibilité, chez De Palma, de cadrer ensemble et de face l’objectif et l’observateur qui vise depuis le sommet de l’appareil – et non à partir de l’une de ses extrémités (comme avec une lunette astronomique) ou de l’un de ses côtés (comme avec un télescope classique) –, révélant ainsi ses expressions faciales (curiosité, honte, excitation) et suscitant l’identification. Au contraire, le tueur de Someone’s Watching Me! (John Carpenter, 1978), dont l’identité doit demeurer secrète à des fins dramatiques, se tient absurdement derrière son télescope plutôt que l’œil collé à l’oculaire latéral. Révélé en courte focale par un travelling arrière, son instrument d’optique monoculaire se voit alors comparé à un canon… ou à un sexe en érection, face auquel la lunette achetée par l’héroïne ne fera pas le poids.
