Supports et mouvements d'appareil - Texte 15

Le film suivant de Hitchcock, Rope, est composé de seulement dix plans d’une durée moyenne de près de huit minutes, encore une fois largement tournés avec une dolly. Dans un entretien avec Peter Bogdanovitch, Hitchcock avance que la dolly et la grue ont l’avantage de produire des mouvements fluides conservant l’attention du spectateur, contrairement à ceux produits par une caméra portée à la main ou à l’épaule (ce à quoi Bogdanovich ajoute à la blague que, si son interlocuteur n’a jamais tourné de westerns, c’est qu’il refusait de poser sa caméra sur un cheval)[8].

D’autres cinéastes entretiendront une relation plus ambiguë avec la machinerie lourde du cinéma hégémonique. Dans une œuvre pionnière annonçant le courant néoréaliste, Ossessione (1943), Luchino Visconti mettra les longs mouvements rendus possibles par la grue et la dolly au service d’une nouvelle forme de mise en scène visant à restituer l’ambiguïté du réel.

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