Ouvrir la caméra d'action - Texte 5
On voit bien que les caractéristiques techniques essentielles de la caméra d’action contemporaine ne datent pas d’aujourd’hui. Qui plus est, on peut voir que ces mêmes caractéristiques (le grand-angle et la portabilité) ne définissent pas exclusivement la caméra d’action. Les objectifs grand-angulaires utilisés par Stanley Kubrick pour 2001 : L’odyssée de l’espace, par Orson Welles pour Touch of Evil ou encore par Terry Gilliam pour Brazil n’en font pas nécessairement des caméras d’action. Pareillement, la légèreté et la maniabilité des appareils comme ceux fabriqués par les sociétés Bolex et Aaton n’empêchent pas d’utiliser ces caméras sur un trépied ou bien de manière à capter une action se déroulant devant la caméra (voir à ce sujet la lamelle « Portabilité » du parcours Cinéma direct : la période expérimentale) plutôt qu’une action performée par le filmeur lui-même.
Il en va de même pour la GoPro. Cette caméra qu’on associe le plus souvent au terme « caméra d’action » peut tout aussi bien être fixée à un support quelconque afin de filmer une action d’un point de vue externe à l’action. Ce genre d’utilisation de l’appareil évacuerait pourtant toute filiation à la catégorie des caméras d’action. C’est donc que le qualificatif « caméra d’action » ne devrait pas se limiter à des considérations techniques. Au contraire, des caméras très différentes les unes des autres du point de vue technique pourraient tout aussi bien être considérées comme des caméras d’action, pour autant qu’elles soient utilisées de sorte à capter la gestuelle propre au corps qui la porte sur lui dans le cœur de l’action. Autrement dit, ce qui importe est le glissement référentiel qui s’opère quand l’image nous pousse à considérer l’action du corps qui porte la caméra, et ce, avant de nous intéresser à ce qui est représenté dans l’image.
